Voyager dehors pour mieux se rencontrer dedans...

1er juin 2026
J'avais dix-neuf ans et une envie pressante de quitter la France, de quitter le connu sans savoir véritablement pourquoi mais une force en moi, au plus profond de moi me poussait à aller explorer au-delà des frontières françaises. Et cet élan (je pourrais même parler de pulsion tellement cette sensation s’était imposée à moi), et bien cet élan m’a invité à m’envoler vers les États-Unis.
À l'époque (oui car cela commence à faire un certain nombre d’années…), on parlait encore du rêve américain, de ce territoire au parfum de rêve accessible, là où tout est possible. Est-ce que c’est cela qui m’appelait ? Je ne sais pas, tout ce dont je me rappelle, c’était cette curiosité viscérale d'aller rencontrer autre chose. Et de certainement sans le savoir (encore) d'aller me rencontrer autrement.
Mon premier voyage, loin de tout. Six mois. C’est long sans l’être. Tout n’a pas été des plus évidents : la barrière de la langue, le choc culturel, les remises en question que je n'avais pas anticipées. Et pourtant, quelque chose s'est précisé en moi là-bas : « je ne vivrais jamais en France ». Voilà ce qui s’était présenté comme une autre évidence.
Puis, l'Italie, l'Angleterre, Dubaï, le Liban, Vancouver, Montréal… le goût du voyage avait été lancé par cette expérience américaine. Reconnaissante de chacune de ces adresses car elles ont toutes à leur manière ajouté une dimension à ce que je comprends de moi aujourd’hui. Jusqu'au jour où mon expatriation est devenue un mode de vie au point de devenir nomade. Moi, mon ordinateur, ma valise, mon passeport et mon billet d’avion. Le choix d’une vie atypique qui n’est pas pour tout le monde mais clairement pour moi. Pourquoi ce choix vous me demanderez ? Pourquoi ce style de vie vous me direz ? Je vous dirai que cela touchait à un quelque chose de l’ordre du vivant. Comme si être dans la confrontation avec l'ailleurs me permet(tait) de me sentir plus vivante. Mais aussi encore et encore un peu plus Moi.
Ce que j'accompagne aujourd'hui chez mes clientes, je l'ai d'abord vécu. Et ce que je sais avec certitude, c'est que le voyage (celui qui qui vous fait vivre des choses extraordinaires et singulières) ne nous emmène jamais vraiment ailleurs. Il nous ramène toujours à nous-mêmes.
Le voyage comme projecteur sur soi, de soi
Depuis 2021, lors de mes accompagnements, je m’appuie sur l’approche du psychologue Richard Schwartz, fondateur de l'IFS (Internal Family Systems) et sur l’Intelligence Relationnelle de François Le Doze. Tous deux proposent l’idée fascinante que nous ne sommes pas un moi unique et cohérent.
Nous sommes un système de « parts » : des parties intérieures multiples, parfois contradictoires, qui coexistent en nous. Elles se sont construites au fil des années, selon les expériences que nous avons vécues. Parfois des expériences satisfaisantes et parfois d’autres douloureuses. Toutes ces parts s’ancrent en nous au fil du temps, selon le niveau d’écoute qu’on leur offre et choisissent alors de prendre plus ou moins de place dans notre système.
J’entends par « système » cet ensemble d’éléments en interaction permanente. Le “tout” de chacun d’entre nous qui émerge justement des interactions entre ces parties, et non pas d’une seule pièce isolée.
Notre système est organisé autour de plusieurs dimensions :
· Le cognitif : nos pensées, croyances, interprétations
· L’émotionnel : nos émotions, ce que nous ressentons (peur, joie, colère…)
· Le corporel : nos sensations physiques, état du corps
· Le comportemental : ce que nous faisons concrètement, comment nous réagissons à une
situation
· Le relationnel : comment nous interagissons avec les autres (et avec nous-même)
· Le narratif / identitaire : l’histoire que nous nous racontons à nous-même
Ces éléments ne sont jamais séparés, comme une logique d’interdépendance. Et c’est alors là que la notion de “système” prend tout son sens : une pensée influence une émotion, une émotion influence un comportement, un comportement influence les relations, les relations renforcent ou modifient les croyances.
L’approche Internal Family Systems, elle, s’appuie sur ces dimensions en attribuant un rôle à chacune des parties du système. On y retrouve les parts protectrices, les parts exilées, et le “Self” (un noyau plus stable, conscient), qui n’est pas une part en tant que telle, mais le centre de la personnalité qui donne la direction au système.
Bref, je dévie du sujet … ou non car le voyage, selon moi, crée exactement ces conditions. Chaque pays que j'ai habité a agi comme un projecteur braqué sur une partie de moi que je ne voyais pas encore, que je connaissais mal, ou qui n’était peut-être pas encore prête à s’exprimer.
Aux États-Unis, ma part ambitieuse s'est heurtée à ses limites. Sans maîtrise de la langue, j'ai été réduite à des rôles bien en dessous de ce dont je me sentais capable. J'ai appris l'humilité, par obligation, et surtout comment apprivoiser mon ego. J’ai aussi été confrontée au sens de la liberté, à sa définition de l’autre côté de l’Atlantique ; « ma » définition qui tout à coup est soumise à d'autres règles, d'autres codes. Mais aussi que si vous vous donnez les moyens, on vous soutient. Tout semble possible, à condition d'y croire soi-même d'abord.
En Italie, quelque chose d’autre s'est révélée. La part épicurienne, celle qui aime la joie, le beau, le vivant… a pris toute sa place. Et j'ai compris une chose fondamentale : quand je suis épanouie dans ma vie personnelle, je rayonne dans ma vie professionnelle. Les deux ne s'opposent pas. Ils se nourrissent. J’étais tellement à ma place qu’on me prenait pour une Italienne. C'était le plus beau des compliments, car cela démontrait de ma capacité à lire une culture de manière si précise, si juste avec la compréhension d’une vision pourtant différente de la mienne, cela démontrait aussi la maitrise d’un langage bien à lui…et tout cela au point de me l’approprier totalement. Une véritable capacité d’observation et de lecture systémique jusqu’à l’adaptabilité identitaire.
En Angleterre, c'est la part résiliente qui a été mise à l'épreuve. Un environnement toxique. Des discriminations qui m’ont amené à un isolement profond. J'aurais pu faire ma valise et partir mais j’ai choisi d’aller regarder jusqu’au fonds. De poursuivre mon expérience avant tout pour moi ; et c’est là que j'ai compris que l'acceptation de soi ne peut pas - évidemment - dépendre du regard des autres, mais qu'elle doit venir de l'intérieur de soi.
À Dubaï, la part empathique s'est développée. Plus de cinquante nationalités dans une seule entreprise, celle où j’y ai posé mes bagages pendant 3 ans. Chaque journée était comme une négociation humaine. J'ai appris que si chacun restait dans sa bulle, dans son monde, nous n’aurions jamais l’occasion de nous rencontrer. La seule réponse possible, c'était d'aller habiter l'univers de l'autre, avec l’autre.
Au Liban, les gens m'ont offert leur rapport au temps. Un peuple qui a vécu la guerre si souvent (encore aujourd’hui…énorme pensée pour vous les amis) et qui a alors développé une posture face au temps: celle de vivre pleinement l'instant présent, sans s'accrocher à un futur incertain. J'ai appris à prioriser autrement, à vivre simplement dans l’instant et cela sans me perdre dans des projections infinies.
Au Canada, une page blanche suite à une reconversion et une séparation. Un territoire où tout semble être accepté, où personne ne te limite dans tes possibles. Et face à cette liberté, la question la plus immédiate s’est présentée à moi: « qu'est-ce que je veux vraiment ? qui suis-je vraiment, moi ? »
Nous sommes tous faits de parties multiples. Aucune n'est plus légitime qu'une autre. Et c'est précisément ce que le voyage fait de mieux : il les convoque toutes, l'une après l'autre, pour qu'on puisse enfin se voir en entier. J’en ai plein d’autres mais plutôt que de lire une liste de parties qui ne vous concernent pas, j’aurais plutôt envie de vous inviter à aller à la rencontre des vôtres. Cela vous tente ?
L'inconfort comme laboratoire de connaissance de soi
Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, reconnu comme l'un des fondateurs de la psychologie positive et ayant théorisé le concept de « Flow » comme un état d'expérience optimale de concentration absolue et d'engagement total dans une activité, a montré que le développement de soi se produit précisément à la frontière entre ce que l'on maîtrise et ce qui nous dépasse. Ni trop facile : on s'endort. Ni trop difficile : on se noie.
Dans cette zone d’inconfort se joue en réalité un processus fondamental : celui de l’apprentissage. Apprendre, ce n’est pas seulement acquérir une compétence, c’est aussi traverser des états de conscience successifs face à ce que l’on sait… et à ce que l’on ignore. Et comment on décide d’y réagir.
On peut éclairer ces propos par un modèle que j’utilise souvent en séance, celui des quatre étapes de la compétence.
D’abord, il y a cet état presque invisible où « je ne sais pas que je suis incompétent ». Tout semble facile, familier, simple où rien ne vient réellement nous challenger. Il n’y a ni friction, ni prise de conscience non plus et donc, peu (jamais) de transformation.
Puis une situation imprévue, nouvelle comme par exemple une langue que l’on ne maîtrise pas dans un autre pays, un code culturel que nous maitrisons mal… et soudain, prise de conscience : « je sais que je suis incompétent ». Cela peut être inconfortable, mais c’est une étape clé car c’est précisément là que naît un changement possible.
À partir de ce point, quelque chose peut bouger. On observe, on ajuste, on tente, on échoue on tente de nouveau. Et puis, peu à peu, on entre dans la phase où « je sais que je suis compétent ». L’action devient plus maîtrisée, mais elle demande encore de l’attention et de la présence. On apprend en conscience et on fait souvent des va-et-vient entre ces deux phases : « je sais que je suis incompétent » et « je sais que je suis compétent », jusqu’à ce que les nouvelles compétences deviennent complètement naturelles et alors, là : « je ne sais même pas que je suis compétent ». La compétence est parfaitement intégrée au système et je ne m’en rends même plus compte, tellement elle fait partie de moi.
Le voyage nous fait circuler en permanence entre ces états. Il nous ramène régulièrement à cette zone inconfortable où je sais que je ne sais pas encore, et c’est précisément ce mouvement (ces allers-retours entre déséquilibre et intégration) qui nourrit la croissance. Tant que tout est fluide, prévisible, sans surprise, nous rejouons les mêmes comportements. Mais dès que le cadre change, que les repères sont altérés, nous sommes invités à mobiliser, révéler ou créer de nouvelles ressources.
Le voyage devient alors un véritable laboratoire : un espace où l’on découvre non seulement ce que l’on ne sait pas encore faire, mais aussi tout ce dont on est capable, mais sans le savoir tant qu’on n’est pas parti en voyage à la rencontre de soi. Merci au voyage car je grandis plus, mieux et plus vite grâce à toi !
Se redéfinir encore et encore
Maintenant, le psychologue Dan McAdams a développé la théorie narrative de l'identité : nous ne sommes pas un moi fixe à l’identique. Nous sommes une histoire que nous réécrivons en permanence, à partir de ce que nous vivons, de ce que nous traversons, de ce que nous choisissons de retenir ou de laisser partir.
Le voyage accélère cette réécriture. Il multiplie les chapitres. Il nous donne matière à nous réinventer.
Ce que Dan McAdams explique finalement, c’est que nous construisons du sens non pas à partir de faits bruts, mais à partir des histoires que nous tissons entre ces faits. Et ce point est essentiel car il permet de comprendre combien l’environnement a sa part d’influence et comment il impacte directement la manière dont ces histoires sont écrites, interprétées et transformées.
En effet, en psychologie sociale, on sait que nos comportements, nos émotions et même nos valeurs sont fortement modulés par le contexte (culture, normes sociales, rythme de vie, climat).En neurosciences, le cerveau est plastique : il se reconfigure en fonction des expériences répétées, c’est ce qu’on appelle la neuroplasticité.Et en psychologie culturelle, vivre dans différents pays modifie nos systèmes de référence internes : ce qui est “normal”, “désirable”, ou “possible”.
Et donc on pourrait considérer le voyage comme un accélérateur de plasticité identitaire.
Changer d’environnement, c’est perdre ses repères habituels, être exposé à de nouvelles normes, devoir faire des choix plus conscients parce que l’automatique disparaît. Et donc, mécaniquement, cela crée des micro-ruptures… qui ouvrent alors des espaces de réécriture.
C’est comme un « reset » mais pour autant, ce n’est pas recommencer à zéro. Le voyage n’efface en rien ce que nous sommes, il va au contraire nous révéler dans le mouvement comme une boussole qui (ré)oriente. Donc moi, par exemple, je n’étais pas “une autre personne” entre les États-Unis et le Liban, mais j’étais plutôt une variation de moi-même activée par un environnement différent.
En psychologie du développement, on parle de l’identité comme étant à la fois stable et évolutive. Stable parce qu’il existe des traits, des élans profonds, une continuité ; et évolutive parce que leur expression dépend du contexte.
C’est dans ces transitions que se loge une opportunité précieuse : celle de faire le point, de trier dans sa propre “boîte à outils” intérieure ce que l’on souhaite garder, transformer ou laisser derrière. Ce travail de mise en sens, que j’ai expérimenté notamment lors de mon bilan de compétences et de ma reconversion professionnelle, a été un moment clé pour moi : passer d’une vie guidée par les circonstances à une vie portée par une vision consciente.
Et cela, on ne peut pas en prendre conscience si on ne s’arrête pas un temps pour faire le silence et réfléchir sur son passé, ses acquis, ses choix.
Cette pause, c’était comme si pour la première fois, je n’étais plus seulement en train de vivre mon histoire mais en train de la regarder, de la nommer, me permettant de passer à une vie, une vision plus intentionnelle.
Ce bilan de compétences a pris aujourd’hui une autre forme puisqu’à présent, je m’octroie chaque fin d’année un temps de quelques jours, devenu un rituel annuel, qui me permet d’être dans un espace de “méta-position” (pour me regarder vivre) avec une pratique réflexive structurée, car se redéfinir ne devrait pas être un événement ponctuel mais une discipline intérieure régulière.
C’est l’opportunité de tirer des apprentissages, de regarder tous ses moments de vie sur une année, même ceux qui ont fait mal.
Comme le souligne Richard Tedeschi, professeur de psychologie, à travers la croissance post-traumatique, ce n’est pas malgré les ruptures que nous évoluons, mais bien grâce à elles. Il démontre que certaines personnes ne “reviennent pas à la normale” après une rupture mais qu’elles développent une perception plus fine de la vie, une redéfinition de leurs priorités, un alignement plus fort avec leurs valeurs. « Il faut se dire que toutes les souffrances, pertes, morts, destructions ne sont pas vaines. […] Ce n’est pas le traumatisme lui-même qui produit la croissance, mais la lutte psychologique et la reconstruction qui suivent. »
J’accompagne tous les jours des clients en burn out, fatigue chronique, harcèlement moral. Des voyages intérieurs durs et profonds qui, eux aussi, à leur façon, changent une vie.
Se redéfinir devient alors un acte profondément courageux : une manière d’avancer avec la vie, d’en accueillir les mouvements, et de choisir, encore et encore, de rester aligné avec ce qui fait sens pour soi.
On ne grandit pas seul
Est-ce que vous connaissez le concept du « looking-glass self » ? Il a été développé par le sociologue Charles Cooley en 1902, et parle de miroir social. Ce serait l'idée que nous nous construisons en partie à travers le regard que les autres posent sur nous. En effet, nous construisons l’image que nous avons de nous-mêmes à partir de ce que nous imaginons que les autres pensent de nous. Ce n’est pas la réalité extérieure qui compte, mais notre représentation mentale du regard d’autrui, qui peut engendrer fierté ou honte. C’est un processus continu et circulaire : nos suppositions sur les autres influencent notre comportement, qui à son tour modifie les réactions perçues.
Et la philosophie de l'altérité, portée par des penseurs comme Emmanuel Lévinas, va plus loin encore : c'est la rencontre avec ce qui est radicalement différent de nous qui nous révèle à nous-mêmes. L'autre n'est pas un obstacle à notre identité. Il en est un révélateur.
Et c’est peut-être là que le voyage prend toute sa dimension initiatique.
Dans chacun de mes voyages, il y a eu une personne phare. Quelqu'un dont je me souviendrai toute ma vie parce qu'elle est venue appuyer sur quelque chose en moi.
Quelqu’un qui, sans forcément le savoir, est venu toucher, réveiller, parfois même bousculer quelque chose de profond. Voyager, c’est accepter de se confronter à l’altérité dans sa forme la plus brute : des visages, des corps, des cultures, des valeurs, et des rythmes de vie différents des nôtres.
Il m’est arrivée de me sentir étrangère, presque extraterrestre, au cœur de certaines communautés. Et pourtant, c’est précisément dans ces espaces d’inconfort que quelque chose de précieux s’est joué. Dans leurs regards, j’ai parfois perçu des reflets de moi-même que je n’avais jamais rencontrés ailleurs. Comme si ces personnes me donnaient accès à une lecture inédite de qui je suis. Une version de moi que je n’aurais jamais pu entrevoir sans ce voyage, sans cette rencontre.
Ces expériences ont agi comme des révélateurs puissants, non seulement de mon identité, mais aussi de mes relations. Elles m’ont amenée à faire le tri, à questionner ce que je cherchais réellement à vivre à travers mes liens : lesquels me nourrissaient profondément, lesquels au contraire me freinaient ou m’éteignaient. Peu à peu, en apprenant à mieux me connaître, quelque chose s’est ajusté presque naturellement. Comme si cette clarté intérieure devenait un filtre.
Les bonnes personnes ont commencé à apparaître… ou peut-être ai-je finalement mis le regard et l’énergie sur les personnes les plus justes pour moi ?
Tout a commencé à Vancouver, puis s’est confirmé à chaque nouvelle escale. Aujourd’hui, j’ai la chance de faire partie d’une communauté de femmes exceptionnelles, dispersées aux quatre coins du monde. Des liens de sororité où l'on se tire vers le haut, où l'écoute et l'ambition coexistent. Ces femmes sont mes étoiles !
Et je sais, avec une certitude absolue, que je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui sans elles car à plusieurs reprises, elles m’ont dit les vraies choses, celles qui parfois sont difficiles à entendre mais essentielles pour avancer.
On ne grandit pas seul, on grandit en miroir, on grandit à travers le lien à l’autre. On grandit lorsque quelqu’un nous regarde, nous voit… parfois même avant que nous soyons capables de nous voir nous-mêmes.
Pour conclure
Après ces écrits, on pourrait croire qu’on ne peut pas aller à la rencontre de soi sans un passeport, sans une valise, ou des milliers de kilomètres parcourus. Et bien non ! Le voyage intérieur, cette rencontre avec ses propres parts, cet inconfort qui révèle, cette redéfinition permanente, ces liens qui transforment, peut se vivre n'importe où : dans une conversation difficile, dans un choix qu'on reporte depuis trop longtemps, dans un espace de silence qu'on s'accorde enfin.
Ce que le voyage géographique fait, c'est simplement nous priver de nos refuges habituels. Il rend l'évitement impossible. Il accélère ce que la vie ordinaire peut mettre des années à faire émerger.
Mais le moteur, il est en nous. Tous les jours se présentent des situations diverses et variées qui nous permettent de voyager à la rencontre de nous-mêmes.
Mais cela demande quelque chose que notre époque nous prend souvent : l'espace pour réfléchir. Le temps de s'arrêter et de se demander « qui suis-je en train de devenir » ? Et « est-ce que cela me plait » ?




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